Vous mourez demain, après-demain ou… est-ce que la suite vous intéresse* ? Non ? Vous avez tort, on devrait toujours s’intéresser à sa mort, un homme averti en vaut deux…
Quand je n’étais pas morte, j’étais comme vous, j’étais une autruche qui se demandait même ce que mourir voulait dire, bien mal m’en a pris ! Je me croyais peut-être immortelle. Vanité ! J’ai su il y a trois jours ce que mourir voulait dire.
C’était mercredi dernier. J’allais ouvrir la porte de mon appartement, quand un homme m’a braqué son arme sous le nez ! Ni une ni deux, le type a tiré : une balle en plein cœur ! Un vrai gâchis, j’ai si mal utilisé mon cœur de mon vivant…Ce qu’il y a de pire dans la mort, c’est qu’elle est définitive, et cette irréversibilité, qui vous apporte en une seconde la sagesse que vous n’avez jamais pu acquérir votre vie durant, personne n’en profitera plus ! Cette leçon de mort m’a donné une leçon de vie mais je ne peux plus vivre : voilà le drame de la mort ! Le pire dans cette histoire, c’est qu’on m’a pris pour une autre. Ma vie a été aussi absurde que ma mort !
Ce matin, à mon enterrement, j’ai failli pleurer de rage en entendant l’élégie composée en l’honneur de ma mort. J’aurais préféré le silence plutôt que le mensonge. Allongée dans mon cercueil, les poings serrés, j’écoutais impuissante les chapelets de lieux communs que les gens débitaient avec cette compassion profonde qui sied si bien à la mort. Je sais que je n’ai rien fait de mon vivant mais j’ai toujours été sincère, alors pourquoi m’ont-ils infligé ça ! A quoi sert de se tuer à vivre si l’on meurt inconnue ?
Ma mort m’a permis de méditer ma vie et je me demande, après  40 années passées à vivre en vain, sans peur du lendemain, ce qui est le plus terrifiant dans tout ça : la vie ou la mort ?

* phrase  inspirée par le site : http://www.thanatorama.com/